mardi 10 mars 2009

Les égouts, une nouvelle source de chaleur

http://www.lesechos.fr/digital/ARCHIVES/PDF_20090310_LEC/docslib/articlepdf.htm?article=../article/4839897.pdf?journee=PDF_20090310_LEC

Les égouts, une nouvelle source de chaleur

Les grands groupes
trouvent souvent à
l’extérieur les idées et les
nouvelles technologies.
C’est le cas de Degrés
Bleus, la technologie
de récupération de
chaleur à partir des eaux
usées commercialisée
par la Lyonnaise des Eaux.


l y a quatre ans, raconte Bernard
I Saunier, j’ai découvert que l’agglomération parisienne
ne valorisait pas la chaleur
de ses eaux usées, alors que les
égouts sont de gros transporteurs
de calories. » Cette découverte
est le point de départ d’une histoire
qui va aboutir à la commercialisation
par la Lyonnaise des
Eaux de la technologie Degrés
Bleus. Chez Saunier & Associés,
on se met en effet en quête d’une
solution technique.Mais, chaque
fois que les ingénieurs tentent de
breveter leurs idées, ils découvrent
qu’ils ne sont pas les premiers.
Le nomd’un inventeur, un
certain Urs Studer, revient régulièrement.
« Visiblement, il avait
une longueur d’avance sur nous,
se rappelle Bernard Saunier. Il
valait mieux s’entendre. » Et, en
2006, l’affaire est conclue.
Urs Studer concède à Saunier
& Associés un contrat d’exclusivité
sur le procédé, pour la
France. « Urs est un inventeur
dans l’âme, pas un entrepreneur,
observe Bernard Saunier, qui a
appris àle connaître.Ce qui l’intéresse,
c’est d’améliorer la technologieetdelavoirsediffuserdansle
monde. Ce n’est pas un bâtisseur
d’empire. » C’est pourquoi avec
sa société, Rabtherm, il reste au
stade artisanal et la solution de la
cession de licences lui convient
très bien. Il vient d’ailleurs de
réitérer l’opération avec les Coréens.
Mais Bernard Saunier, lui,
avait d’autres ambitions pour
cette technologie. Il en fait donc
la publici t é . Et, en novembre
2007, Saunier&Associés
obtient le prix de l’innovation du
Salon desmaires. C’est alors que
Lyonnaise entre dans la danse.
D’une visite à Zurich, où la technologie
fonctionne, ses cadres reviennent
enthousiasmés. «Ils
voulaient tout nous racheter, se
souvient Bernard Saunier. Mais
nous pensions pouvoir aussi jouer
notre rôle, convaincus que certains
utilisateurs potentiels, clients
des concurrents de Lyonnaise, répugneraient
à traiter avec cette
dernière. » D’où une négociation
pied à pied de sixmois.Nul doute
que l’expériencedeBernard Saunier
des arcanes de Lyonnaise,
dont il fut un cadre influent dans
une vie antérieure, l’a aidé.
Copropriété des brevets
Finalement, l’accord Lyonnaise-
Saunier prévoit une copropriété
des brevets pour la France et une
collaboration étroite pour lamise
enoeuvre de la technologie. Saunier
& Associés réalise le dimensionnement
et l’installation,
Lyonnaise commercialise.
« Nous avons une exclusivité de
mise en oeuvre pour Lyonnaise,
précise Bernard Saunier, mais
cela ne nous empêche pas de travailleravec
lesconcurrents .»Il est
vrai que le marché est vaste.
D’après les estimations de Saunier
& Associés, le nombre potentiel
d’installations serait supérieur
à 10. 000 entre les
collectivités locales, les industriels
et les associations de copropriétaires.
Et tous ne sont pas
clients de Lyonnaise.
Côté Lyonnaise, le rationnel
de l’opération s’imposait.« Nous
nous sommes d’abord intéressés
aux pompes à chaleur pour produire
de l’énergie sur les stations
d’épuration car traiter l’eau
consomme beaucoup d’énergie,
explique Isabelle Kocher, directeur
général délégué de la Lyonnaise
des Eaux. Cette fois, nous
avons acquis une technologie de
récupération de chaleur sur les
réseaux d’égouts en amont même
de la station d’épuration en réponse
à une préoccupation de nos
clients collectivités locales qui se
sont engagés auprès de leurs électeurs
avec des plans climat et qui
cherchent à réduire leur facteur
énergétique. »
Dans ce cadre de relations
contractuelles de proximité,
Lyonnaise est bien placée pour
équiper le réseau existant, ou le
remplacer par des tronçons tout
équipés. Elle a mis cette offre de
service à son catalogue depuis
septembre 2008. «Nous nous engageons
sur la performance énergétique
de l’installation, précise
Isabelle Kocher, c’est-à-dire que
nous garantissons un nombre minimal
de kilowattheures par an et
une puissance minimale. » Dans
le contexte de commandes publiques
qui prévaut avec les collectivités
locales, une trentaine
d’études d’opportunités ont été
lancées. Une vingtaine de communes
auraient manifesté leur
intérêt et un premier appel
d’offres devrait prochainement
sortir.
CATHERINE DUCRUET
Comment çamarche ?
Un échangeur de chaleur est placé au
fonddes canalisationsd’eauxusées. Il
estconstituéd’uncircuitd’eau,fermé,
en boucle, qui se réchauffe àtravers la
paroi de l’égout. Ce circuit fermé alimente
une pompe à chaleur qui va
élever la température de 12-15°C
(température des eaux usées) à
50-70°C. Installéedansunechaufferie
centrale, la pompe alimente les bâtiments.
L’échangeur peut être installé
sur les canalisations lorsde leurpose,
ou ajouté à des canalisations anciennes.
Le principal impératif est le
débit de la canalisation, qui doit être
d’aumoins 15litrespar seconde pour
transporter suffisamment de calories.
Au stadede la pompeà chaleur, pour
une exploitation optimale, il faut produire
une puissance thermique d’au
moins 150 kW, ce qui répond aux
besoins d’une cinquantaine d’appartements.
Quantàlaperformancedela
pompe, elle estmesurée par sonCOP
(coefficientdeperformance),quiestle
rapport entre la quantité de chaleur
produite et l’énergie électrique
consomméepour laproduire.Selonla
Lyonnaise des Eaux, les investissements,
plus élevésquepourunchauffage
thermique classique, sont compensés
par des coûts d’exploitation
plus faibles.

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